De la politique à la Gnose — Situation géopolitique de la France

par | mercredi 08 mars 2023 | Actu / Inactu

Intéressant débat, le 7 Mars, entre Jean Robin et Alexis Poulin (en direct, sur la chaîne Youtube du premier). Robin pointe et souligne l’emprise du Parti communiste chinois sur tous les pays d’Occident dans le cadre d’un vaste courant mondialiste et totalitaire de nature marxiste, élaboré par les Soviétiques et confié au KGB, mené de concert avec la Chine maoïste et poursuivi jusqu’à nos jours par Poutine ainsi que Xi-Jiping. Ainsi pour lui, la menace totalitaire mondialiste vient de Chine et pas des États-Unis (ni d’Israël ou des milieux de la haute finance de nature sioniste et talmudique déviée), aussi choisit-il le camp occidental (américain) contre le camp oriental (russo-chinois). Poulin, et il a raison, estime ne pas avoir à choisir entre la soumission aux Américains et la soumission aux Chinois, et reste fidèle à la position gaullienne de l’autonomie du destin français.

À la question : « qui est l’ennemi de la France ? », Robin répond : les Chinois marxistes mondialistes ; Poulin répond : « les Français qui n’aiment pas la France ». (À la même question, Michel Onfray avait répondu, dans sa revue Front populaire : « l’État profond, l’ennemi à abattre », ce qui rejoint la position de Poulin, dans l’hypothèse où l’État profond et les réseaux mondialistes, dans n’importe quel pays, ne peuvent être portés ou incarnés que par des gens hostiles ou indifférents à leur propre pays.) Je suis évidemment d’accord : aimons la France et ça ira mieux. C’est là une vérité d’une évidence et d’une simplicité… évangéliques (« tu aimeras ton prochain comme toi-même », « aimez-vous les uns les autres ») — dont la difficulté réside évidemment dans l’idée que chacun se fait, ou pas, de la France (beau sujet d’un grand débat : c’est quoi, la France ?), et plus généralement dans la question de savoir sur quel terrain et de quelle façon l’individu vit, voit, éprouve et comprend sa qualité civique ou nationale et son appartenance identitaire, communautaire, culturelle et sociale-historique. (Question qui renvoie essentiellement aux dualités politiques fondamentales citoyenneté-nationalité et communauté-société.)

Quoi qu’il en soit, c’est là qu’est la clef de cette « troisième voie » gauloise et gaullienne, la véritable exception politique et culturelle française — le juste milieu, la juste mesure, l’esprit de synthèse et le sens de la synthèse étant ce qui caractérise le mieux l’esprit français. Telle est une spécificité du destin français : l’équilibre entre les deux grands blocs d’Orient et d’Occident — destin qui peut d’ailleurs s’étendre, désormais, à l’Europe entière en tant que pivot entre l’Asie et l’Amérique —, et qui ne date même pas du général de Gaulle puisqu’elle a été défrichée dès l’entre-deux guerres par la « relève » et les « non conformistes » des années trente (le « personnalisme communautaire » d’Emmanuel Mounier, inspiré de la mystique républicaine et chrétienne de Charles Péguy, et le fédéralisme européen d’Ordre Nouveau inspiré de Proudhon). Quant à la question de savoir comment synthétiser républicanisme et fédéralisme (ainsi et du même coup que l’esprit chrétien et l’esprit païen), j’ai envie de dire que c’est l’avenir qui nous le dira.

La place est libre !

La France, pivot entre Orient et Occident : c’est à entendre en termes de connaissance et certes pas de puissance. Il y a déjà plus de cinquante ans qu’Abellio l’avait constaté : « nous sommes désormais des philosophes, non des soldats ». La France et l’Europe ont quitté le domaine de la puissance car notre vocation réside bien plutôt dans l’expression d’un certain génie, ce qui situe la priorité au niveau de la créativité, de l’inventivité, de l’ingéniosité. (« En France on n’a pas de pétrole mais on a des idées » : c’était déjà un slogan transmoderne, au sens qu’il relève davantage d’une logique de connaissance que d’une logique de puissance.) Significatif est le fait que les idées géniales ou les grandes innovations techniques nées en France dans la seconde moitié du XXe siècle (carte à puce, minitel) aient grandi et se soient développées ailleurs que chez nous. Le meilleur exemple étant sans doute la magnétohydrodynamique de Jean-Pierre Petit, qui a été exploitée en Russie parce que l’État français n’avait déjà plus assez de colonne vertébrale et de souveraineté (avec Pompidou, les banquiers prennent le pouvoir) pour saisir cette occasion de nous doter d’un armement assez performant pour devenir vraiment indépendants des Américains en prenant sur eux une avance technique, militaire et stratégique (et donc une supériorité politique) qui a été prise, du coup, par les Russes. Il n’y a donc plus nulle « volonté de puissance » qui puisse s’incarner en France de manière quantitative (combien de tonnes de charbon et d’acier, combien de centrales et de porte-avions nucléaires) mais qualitative : dans quelle mesure cela engendre un bénéfice ou une amélioration en termes de qualité de vie et d’intelligence de la vie. La politique à la sauce moderne, schmitienne (tout repose sur le clivage ami-ennemi) et machiavélienne (la fin justifie les moyens), est terminée, caduque et dépassée : le critère n’est plus de s’imposer aux autres et à la nature, mais d’optimiser notre rapport à eux et à elle. Ci-gît la modernité ! (Vous avez dit paradigm shift ?) On le voit, c’est d’écologie qu’il s’agit donc, d’une écologie au sens le plus vaste et le plus profond qui soit (qui est aussi une écosophie, si l’on veut) : l’étude et l’intelligence (logos), l’amour et la sagesse (sophia) du milieu naturel, soit l’environnement physique (géologique et tellurique) et l’environnement atmosphérique (subtil et psychique : noosphère, etc.), ainsi que la valorisation et l’optimisation de notre interaction avec le milieu naturel, sur une base de respect, d’admiration ou de gratitude plutôt que d’hostilité ou d’indifférence. Aussitôt on passe du profane au sacral et « de la politique à la gnose », dans la mesure où le théâtre des opérations initiatiques, si j’ose dire (soit le domaine propre de l’initiation effective), se trouve dans notre relation aux autres et à la nature. (Dis-moi comment tu te comportes avec les autres et je te dirai comment tu te comportes avec Dieu, comme disent les rabbins.) « La relation humaine est sacrée », scande le new age : certes, et la relation naturelle, si j’ose dire, également.