Mardi 2 janvier.

par | mardi 23 janvier 2024 | Chroniques de l'Apocalypse, Journal 2024

Pacôme l’escroc bo-bo, idiot utile de la racaille mondialiste : qui a peur des Gaulois ? 

Je me penche, pour ma prochaine émission (demain soir), sur un récent documentaire au vif succès, intitulé « L’Empire n’a jamais pris fin », écrit et présenté par Pacôme Thiellement, qui est un assez bon connaisseur de la littérature gnostique (celle de Nag Hammadi, du moins), de tendance anarcho-libertaire a priori plutôt sympathique. (J’ai bien dit « a priori ».) Thiellement m’était connu jusqu’alors par sa bonne préface à la réédition de La Fin de l’Ésotérisme de Raymond Abellio en 2014 aux Presses du Châtelet. À voir ce film, c’est à se demander s’il a lu Abellio (auquel cas il n’y a rien compris), et si, en fait d’anar, on n’a pas plutôt à faire à un vulgaire bo-bo. Et avec le recul, l’escroquerie gauchiste et libérale de sa position soi-disant gnostique me saute au visage : celle qui consiste à prétendre, comme l’avait cru le poète surréaliste Roger Gilbert-Lecomte (un bo-bo des années trente), que « nul n’est initié que par lui-même », mensonge auquel j’avais déjà réglé son compte dans ma mise au point de 2018 sur la « fin de l’ésotérisme » d’Abellio et la situation actuelle de l’initiation dans Apocalypse et Transmutation de l’Occident. (On a encore à faire ici à une ruse du diable du genre de celles que colportent les channels à deux balles que j’évoquais plus haut : l’initiation requiert un initiateur, ou une initiatrice, qu’on le veuille ou pas, et implique en outre d’appartenir à une tradition authentique, et la péroraison d’un Neale Donald Walsh à cet égard avait le don d’exaspérer un initié véritable comme Olivier Manitara.)

Que retenir de positif du discours de Thiellement ? En tout et pour tout, deux choses. D’abord, changer de regard sur le passé permet, en effet, de rectifier les conséquences qu’il a eues jusqu’alors sur le présent. C’est de la physique quantique appliquée, Gregg Braden y avait consacré tout un livre (La Divine Matrice) et — quand bien même Braden est l’un des fers de lance de la propagande new age fabriquée par la CIA — il suffit de le vérifier : c’est vrai, ça marche.

Pacôme a bien raison également de souligner la bassesse et la servilité de tous ceux qui pensent comme l’historien d’Action française Jacques Bainville : «  À qui devons-nous notre civilisation ? À quoi devons-nous d’être ce que nous sommes ? À la conquête des Romains. » Je pense pour ma part que nul n’est Français, c’est-à-dire un Gaulois digne de ce nom — réfractaire aux tyrans et aux escrocs, fidèle à l’exemple de ses ancêtres qui ne redoutent rien ni personne sur Terre, et seulement que le Ciel leur tombe sur le casque (ce qui traduit simplement, est-il besoin de le rappeler !, la crainte de faillir et de déchoir aux yeux des dieux et déesses, nos pères et mères célestes qui nous aiment et qui nous aident depuis toujours et qui nous aimeront et nous aideront toujours) —, s’il ne partage le juste et sain mépris d’Albert Camus à l’égard de « ces conquérants romains que nos auteurs de manuels, par une incomparable bassesse d’âme, nous apprennent à admirer ». C’est bien plutôt les Celtes et les Gaulois qu’il serait utile d’apprendre à connaître et à aimer — et malheureusement cette baltringue de Pacôme, parfaitement inculte sur le sujet, ne fera rien pour y aider son public, au contraire, en présentant les Gaulois comme de paisibles et inoffensifs attardés qui nomadisent au hasard comme des cons en cueillant des fleurs et qui ignorent toute forme d’unité ou d’organisation politique (ce qui est rigoureusement faux), stupide et mensongère caricature tout à fait conforme à la vision infantilisante que la propagande de Jules César (reprise par l’historiographie catholique) a répandue sur les Gaulois et que ce crétin de Thiellement fait semblant de combattre alors qu’il s’y soumet aussi platement que servilement.

Qu’on en juge : les « soi-disant Gaulois (…) sont des semi-sédentaires, semi-nomades » qui « se déplacent et s’implantent ici ou là selon les aléas de l’existence » : ce n’est pas sérieux. Seule la stupidité universitaire moderne, avec ses dogmes et ses préjugés abrutissants, peut croire que les anciens fussent assez cons pour confier leurs migrations au hasard. Ils suivaient les étoiles, et la route de leurs migrations a simplement correspondu aux agencements célestes des configurations astronomiques et astrologiques (les deux sont inséparables) qui président aux humaines destinées et que les druides, mieux que personne à l’époque, savaient lire et interpréter, contrairement aux abrutis actuels qui se prétendent scientifiques et qui en sont encore, comme Pacôme, à croire au hasard.

Autre énormité : il n’y avait pas de Gaulois, ose déclarer Thiellement, mais toute une myriade de peuplades et de tribus plus ou moins hostiles et rivales entre elles, tout à fait inconscientes de vivre sur un même territoire et de former une même nation — alors que les Romains ont commencé à parler des Gaulois, pour désigner les habitants du pays situé entre les Alpes, l’Atlantique, le Rhin et les Pyrénées, dès le IVe siècle (en 385) avant J.-C. ! Si les Romains étaient conscients de l’unité territoriale et nationale de la Gaule, les Gaulois en étaient forcément déjà conscients eux-mêmes. Ils n’en formaient certes pas pour autant une nation au sens moderne du mot (une entité politique intégrée et centralisée), mais une nation au sens antique, assurément : un ensemble de peuples unis par la filiation génétique (les Gaulois descendaient tous d’un même ancêtre commun, Galatos, fils d’Hercule) et par la religion, sinon par la langue et les lois ! Thiellement n’en décrète pas moins qu’il n’y avait « pas d’unité politique » parmi les peuples celtes, et que s’ils furent « vaguement fédérés », ils ne furent « jamais unis ». Certes, même à l’heure de la plus forte unité gauloise, sous l’impulsion de Vercingétorix, « il n’y a pas trace certaine de monnaies ni d’institutions fédérales » en Gaule (Camille Jullian, Vercingétorix, 1901, Tallandier 1977, p. 110) : mais c’est que la fédération des peuples celtiques fut toujours de nature spirituelle, sacerdotale et religieuse, et jamais politique, institutionnelle ou administrative, comme dans l’Empire romain (ou dans la nation moderne). Là se trouve d’ailleurs la cause essentielle — la raison supérieure, transcendante et nécessaire — de la conquête romaine de la Gaule : le passage de la conception traditionnelle à la conception moderne de l’unité, c’est-à-dire de l’unité spirituelle (et religieuse) à l’unité temporelle (et politique), dans le sens de la matérialité et de la densité (tendance lourde et induite par la marche même du cycle cosmique).

Il se trouve au surplus que la fédération, aussi vague soit-elle, implique de toute façon un principe supérieur d’union et d’unité, sans quoi rien ni personne ne peut être fédéré. Et bien évidemment, ce principe était d’ordre spirituel, incarné par la caste des druides, caste sacerdotale assurant l’autorité spirituelle dont le pouvoir temporel et politique dépendait directement (les rois et les chefs de clans étaient certes élus mais ne pouvaient l’être qu’avec la caution des druides, et c’est d’ailleurs la prétention des chefs de clans à s’émanciper de cette tutelle qui permettra et précipitera l’invasion romaine). « L’unité politique, l’invention de l’État, est un cauchemar qui vient de Rome », plastronne Pacôme : et non, Ducon, c’est une innovation politique majeure et décisive dans l’histoire de l’humanité, qui vient d’Égypte, de Perse et de Mésopotamie, où les premières cités-États ont existé bien avant l’État romain, et où elles ne furent le cauchemar de personne, l’État ayant été fondé pour subvenir aux besoins de peuples naguère autonomes (lorsqu’ils vivaient en petites unités disséminés sur de vastes étendues de territoires) puis réunis et rassemblés sous une autorité commune pour avancer ensemble vers l’intégration progressive de l’humanité. Que ce pauvre Thiellement soit incapable de concevoir semblable mouvement historique et a fortiori d’en percevoir le sens n’autorise quand même pas à n’y voir qu’un cauchemar. Après tout, c’est l’État romain qui, à l’apogée de l’Empire, sous Trajan, a inventé les allocations familiales, et qui fournissait des marchés alimentaires gratuits dans toute la ville : est-ce donc cela que ce crétin de Thiellement appelle un cauchemar ?

« Les soi-disant Gaulois semblent n’avoir pas non plus de conception de la noblesse » : cette stupidité, qui découle logiquement de la précédente (la négation de l’unité celtique), semble aussi renvoyer à la haine gauchiste de toute forme de supériorité et au phantasme égalitaire qui va avec. La chevalerie et l’aristocratie cimmériennes, celtiques et gauloises (ce sont les mêmes, à quelques siècles d’écart), persanes, médiques, sarmates, parthes, scythiques et gothiques (ce sont elles aussi les mêmes, à quelques siècles d’écart également), attendent que Pâcome parvienne à engendrer la moindre conception de la noblesse, pour pouvoir se manifester à son souvenir d’abruti amnésique. On pourra, en attendant, lui rappeler que c’est précisément la noblesse, dans sa révolte croissante face à l’autorité sacerdotale, qui a entraîné la décadence gauloise et l’invasion romaine : « l’organisation de la société celtique était complexe et il semble qu’à l’époque de César les druides aient eu quelque difficulté à maintenir la classe guerrière (les nobles, donc) au rang et à la place que la tradition lui assignait. La royauté était partout en recul, remplacée par des oligarchies, la noblesse s’agitait et, à partir du Ier siècle avant J.-C. la Gaule était condamnée » (Le Roux et Guyonvarc’h, La Civilisation celtique, Ouest-France, Rennes 1990, p. 80). Non seulement il y avait une noblesse chez les Gaulois, mais c’est la prétention des nobles à rejeter l’autorité des druides qui a préparé le terrain à la conquête romaine.

« Leur système politique est difficile à définir » : tu m’étonnes, crétin ! C’est qu’on n’a pas à faire à un système politique, mais à une société traditionnelle, hiérarchisée selon les trois fonctions habituelles et caractéristiques des sociétés indo-européennes (prêtres, guerriers, producteurs), comme Le Roux et Guyonvarc’h l’avaient bien rappelé. En outre un système, comme l’ignore Thiellement et tous ceux qui emploient ce terme à tort et à travers, se définit comme un ensemble clos et fermé, qui ne respire donc pas, ne bouge donc pas non plus, et comme tel se trouve soumis à cette fameuse et stupide loi de l’entropie, voulant qu’un système est condamné à la dégradation progressive et à la mort par déperdition d’information et d’énergie. Évidemment : si c’est clos et statique, ça ne risque pas de vivre bien longtemps ! Effarante stupidité de la pensée moderne. Or une société traditionnelle, comme celle des Gaulois dans l’Antiquité, n’a rien d’un système : c’est ainsi que, ouverte et attentive aux influences extérieures, elle peut faire appel aux forces dont elle a besoin pour se renouveler elle-même et se perpétuer sous une forme actualisée et adaptée au mouvement et aux tendances de l’époque — comme, en l’occurrence, lorsque le druide éduen Diviciac s’en va demander leur aide aux Romains pour refouler les Germains d’Arioviste en Helvétie, en fournissant ainsi à Jules César un prétexte officiel de la part des Gaulois pour conquérir la Gaule, et faire entrer celle-ci dans un nouveau cycle de l’histoire humaine, correspondant à l’ère zodiacale des Poissons.

Et si, toutefois, il fallait se risquer à définir le modèle politique gaulois, voici la belle et bonne description que le grand, l’excellent historien Henri Martin (1810-1883) nous en a laissée, dans le Tome I (pp. 86-87) de sa monumentale Histoire de France depuis les temps les plus reculés jusqu’en 1789 en seize volumes (1860) : « En résumé, le caractère politique essentiel de la société gauloise, à l’époque de son plus large développement, c’est une théocratie toute nationale et patriotique, comme celle des Juifs, dominant moralement une démocratie fédérative, de laquelle s’est dégagée une aristocratie mobile et ouverte, fondée sur l’héroïsme guerrier. L’hérédité, ailleurs que dans la famille, n’apparaît que par accident ; l’élection, le mouvement est partout. » T’as compris, Pacôme ? « Bien que », précisait Martin, « dans cette grande variété de populations et de climats, il y ait des formes de pouvoir très diverses, et qu’on puisse citer des exemples de chefs transmettant leur autorité à leur fils, c’est là l’exception ; le principe électif, âme du druidisme et naturelle émanation du génie gaulois, qui repousse la fatalité héréditaire comme toute fatalité, prédomine généralement. L’esprit d’indépendance et de rivalité des bandes guerrières, des tribus et des nations entre elles, ne permet pas davantage qu’il s’établisse de dynasties dans les clans, dans les nations ni dans les confédérations. Jamais surtout l’idée d’un pouvoir irresponsable n’eût pu entrer dans une tête gauloise. Le régime le plus ordinaire des nations gauloises est l’élection annuelle d’un chef civil et d’un chef militaire par le peuple, division du pouvoir très remarquable et qui indique un ordre d’idée tout à fait différent de celui des Romains. Quant aux confédérations, elles élisent, en cas d’action commune, un suprême chef de guerre, qui ne commande que tant que dure l’action. Il y a partout des conseils, des sénats composés des notables des divers cantons, par conséquent quelque chose qui dépasse la cité grecque ou romaine », ce qui rejoint d’ailleurs la position de Thiellement — dans le sens où la conquête romaine n’a rien apporté de plus ni de mieux au fonctionnement politique de la Gaule (puisque, de toute façon, tel n’a jamais été le propos des Romains : seules la stabilité politique et la sécurité publique, conditions d’une économie prospère et donc d’une fiscalité abondante, les intéressaient) — mais qui réduit à néant sa jérémiade sur « ces putains d’institutions de merde qu’on a entièrement reprises » : nous ne les avons pas reprises, nous les avons simplement gardées, parce que c’était les nôtres, puisque c’est nous qui les avions inventées. Ferme ta gueule, Pacôme, et va réviser. En outre, comme ce sont les nôtres, nous en disposons à notre gré, et il est temps, subsidiairement, d’en reprendre la maîtrise.

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Ce que nous devons à la conquête romaine ? En soi, rien qui n’existât déjà : infrastructures (les fameuses routes romaines ont été construites sur des routes gauloises, qui étaient d’assez bonne qualité pour que les armées de Jules César pussent parcourir jusqu’à 40 km par jour), institutions, artisanat et techniques, les Romains ne nous ont rien, mais alors rien apportés du tout, eux qui se sont, au contraire, toujours signalés par leur haute capacité à s’approprier les qualités des autres pour améliorer leur propre fonctionnement, vampirisant et détruisant les pays conquis (le meilleur exemple étant celui de la Grèce). En fait, ils auront seulement transmis à la société gauloise l’impulsion de ces grandes tendances qui devaient former l’épine dorsale de la modernité, les critères de la modernité toute entière : la centralisation et l’organisation militaire du territoire en vue de sa valorisation et (surtout, hélas) de son exploitation. Deux mille ans plus tard, nous en sommes toujours là, et au lieu de se plaindre, comme le fait ce gosse de riche de Thiellement, de « ces putains d’institutions de merde qu’on a entièrement reprises des Romains » (ce qui est faux, puisque l’État, bien que sous forme rudimentaire et à petite échelle, existait déjà en Gaule), il sera plus pertinent de considérer le rôle positif qu’elles ont eu jusqu’alors et la manière dont elles peuvent et doivent servir à l’avenir, dans le sens de l’aspiration écologique, patriotique et sociale que j’ai déjà pu évoquer brièvement par ailleurs.

J’arrête là pour le compte-rendu de cette vidéo : les rappels et les précisions que j’ai faits ici vont me servir de point de départ à une plus vaste mise au point sur les Celtes et les Gaulois, qui sera publiée à part de ce journal, car elle mobilisera de nombreuses sources — à commencer par Henri Martin, ainsi que le grand pionnier des études celtiques Henri d’Arbois de Jubainville — qui risquent de me prendre un bon moment à dépouiller.