Sept cents ans plus tard, qui a peur des cathares ?

20180122_141554
Quéribus, ultime fief de la résistance cathare, défendu par Chabert de Barbaira. Sa chute, en 1255, a été causée par la trahison du seigneur de Padern, un village voisin.

Que nous ont transmis les cathares ? Les moyens de transcender le chaos et la souffrance de ce monde. Ils suivaient une voie de libération pour laquelle l’église de Rome s’est sentie obligée de les exterminer (et de salir leur mémoire, siècle après siècle). Mais envers et contre toutes les horreurs perpétrées par les papes romains et les rois français, les cathares nous ont donné rendez-vous : « Au cap des sept cents ans, le laurier reverdira ».

sticker-croix-occitane

Une guerre totale et un génocide, ça laisse des traces. Surtout si l’on n’en parle pas. (Ces traces sont pires encore si l’on n’en parle pas…) Notre mémoire collective — la mémoire collective française en général et occitane en particulier — porte cette plaie (une plaie qui demeure encore « sans cicatrice », disait Abellio). Il est temps de guérir cette blessure.

Cela implique d’affronter la réalité historique du génocide cathare. — De 1209, avec le massacre des 20 000 habitants de Béziers, à 1328, quand la soldatesque royale emmure les quelque 500 cathares réfugiés dans la grotte de Lombrives. Bilan, estimation haute : un million de morts. Pour l’époque, c’est astronomique. — L’église de Rome a décidé, planifié et exécuté ce génocide — le pape Innocent 3, en particulier, y consacrant des trésors de perfidie et de duplicité (en bonne logique yahvique). Dès le début des années 1180, sa décision est prise. Il confiera le sale boulot (les opérations militaires et policières) à une troupe de mercenaires (venus de France, Picardie, Champagne, Flandre, Allemagne…) sous les ordres d’un chef de guerre, Simon de Montfort, vétéran de la quatrième Croisade (lors de laquelle sa cruauté fut déjà remarquée) et tacticien accompli (sa victoire de Muret en 1213 en témoignera), croyant primaire, dûment fanatisé par les agents du pape. Des effectifs de 30 000 hommes, à qui les psychopathes catholiques — cisterciens en tête — ont bien expliqué qu’ils pourraient se lâcher de bon coeur et laisser libre cours à leur bestialité (leurs saloperies étant absoutes d’avance), car au final, n’est-ce pas, c’était pour Dieu… « Dieu le veut » et « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ».

(C’est qui ce Dieu, au fait ?)

De son côté, le roi de France, Philippe Auguste, n’est pas exactement un pote du pape. (Il a déjà eu l’occasion de mettre au pas le clergé français en le menaçant de lui confisquer ses biens temporels…) Harcelé par Innocent 3 pour prendre la tête de cette furie, il n’a autorisé que trois de ses féodaux à suivre les Cisterciens pour aller massacrer les Occitans : le duc de Bourgogne, le comte de Nevers et le comte de Saint-Pol, qui feront demi-tour après quelques mois, écoeurés par l’ignominie de cette campagne de pur terrorisme et de massacres innommables, en terre chrétienne et chez un seigneur, le comte de Toulouse, qui est l’un des plus prestigieux et respectés de toute la Chrétienté. Mais Philippe Auguste, en bon Capétien, se doutait bien que cette opération romaine lui profiterait tôt ou tard. De fait, la maison de France a tout fait, y compris (et surtout) le pire, pour s’accaparer au passage (traité de Meaux, 1229) le territoire de la florissante Occitanie (une société à l’avant-garde de son époque et à laquelle succéda la société italienne de la Renaissance, dans un pays, la Lombardie, qui était un fief arien avant de devenir un fief cathare et qui accueillit en outre de nombreux réfugiés occitans…). La manière sordide dont Blanche de Castille et son fils Louis 9 (dit « saint Louis ») ont extorqué ses états à Raymond de Toulouse est assez peu mentionnée dans les livres d’histoire : en guise de subtilités diplomatiques, le sénéchal Humbert de Beaujeu avait ravagé le Languedoc — en application de la stratégie yahvique du terrorisme — par la ’’terre brûlée’’ à coups de commandos massacrant le bétail, arrachant les vignes, empoisonnant les puits, brûlant les récoltes et les greniers à blé, terrorisant et affamant la population au point que Raymond de Saint-Gilles s’en trouvât réduit à accepter l’infamant traité de Meaux-Paris, véritable négation du code d’honneur féodal, et qui consterna tout le monde à l’époque. La violence, la fourberie et la cruauté poussées à ce point-là, même Hitler ou Staline n’en donneront pas de pire exemple.

Louis 8, père de ’’saint’’ Louis, s’était pour sa part distingué, dix ans plus tôt, en ordonnant le massacre des 7 000 habitants de Marmande (que la page de Wikipédia sur la ’’croisade contre les Albigeois’’ ne prend pas la peine d’évoquer, au contraire du site Hérodote dans cet article.) C’est ce qu’on appelle aujourd’hui le terrorisme d’Etat — ce que Naomi Klein a pu décrire comme la « stratégie du choc » : frapper les esprits et soumettre les consciences par l’usage outrancier de la violence et de la souffrance (véritable signature satanique). Et toujours au nom de Yahvé, donc, le Dieu de l’Ancien Testament, c’est-à-dire celui que les Sumériens appelaient le Shatam, et que Jésus-Christ désigna comme le « prince de ce monde » et le « père du mensonge ». 

Quant à l’extermination des cathares, Rome a inventé pour cela (en 1233) une milice dédiée, l’Inquisition : une institution terroriste — c’était déjà la Gestapo, comme quelques historiens commencent à s’en apercevoir — fondée sur la délation, la torture (’’officialisée’’ par le pape en 1252) et l’élimination systématiques. Autant d’évidences historiques, quasiment absentes des livres d’histoire. En psychologie, on appelle ça un déni et un refoulé : en général, cela finit par entraîner la névrose ou la psychose. Ou les deux.

sticker-croix-occitane

Les Cathares 700 ans plus tard a été fini d’écrire le 16 octobre 2016, le jour où Jean-Marc Eychenne, évêque de Pamiers, Mirepoix et Couserans, venait à Montségur pour s’incliner devant le génocide commis par son église il y a sept siècles. Ce fut hélas un grand moment d’hypocrisie pharisienne et d’incohérence historique : Eychenne a demandé « pardon à Dieu » pour les horreurs commises par les catholiques sur les cathares. Ce qui n’a aucun sens, puisque les catholiques ont exterminé les cathares au nom de Dieu.

Comme l’avait remarqué Yves Maris, l’ancien maire de Roquefixade (dans sa belle Résurgence cathare, p. 27), « si l’église romaine avait demandé à être pardonnée pour un si grand massacre, sa requête n’eût été recevable qu’accompagnée d’une dissolution de l’ordre des frères prêcheurs », c’est-à-dire les dominicains, qui, aujourd’hui encore, assument leur sacerdoce névrotique en disant — j’en ai eu trois fois le témoignage — qu’ils ont bien fait d’exterminer les cathares puisque sinon, l’église romaine aurait disparu, et que s’il fallait recommencer, ils le feraient. Est-il logique, de nos jours encore (et dans un pays soi-disant laïc), de voir un panneau annonçant, au bord de la route, les « lieux saints dominicains » (sic !) du monastère de Prouille, alors que ces gens-là continuent à macérer, sept siècles plus tard, dans la même psychose inquisitrice, totalitaire et génocidaire ?

rue st domi
La République persiste donc à honorer la mémoire d’un tortionnaire et d’un assassin de masse. On a les références que l’on peut !
péninent1621
Dominique de Guzman se flagellant avec une chaîne en fer (tableau d’Alonso Florin, 1621). A chacun ses critères de sainteté !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En outre, c’est aux descendants et aux successeurs des Cathares qu’il fallait s’adresser : une contrition crédible et recevable aurait plutôt consisté à reconnaître tout ce que l’église romaine a dit et a fait contre les cathares et pourquoi elle l’a fait… Autant rêver : pour l’église romaine, dire la vérité — à savoir qu’elle a exterminé les cathares parce qu’ils la menaçaient tout simplement de ruine — cela reviendrait à reconnaître les mensonges sur lesquels elle repose depuis son origine, et donc à signer son arrêt de mort. « Si l’église romaine veut demander pardon de ses fautes, — notait José Dupré (Cathares en chemin, p. 154) —, elle doit d’abord reconnaître qu’elle les a commises, parce qu’elle se prétendait d’origine et d’inspiration divines, alors qu’elle n’était qu’une secte triomphante selon les lois brutales de ce monde. Si elle s’est trompée, et a trompé l’humanité aussi lourdement, c’est qu’elle n’est pas d’inspiration divine, mais s’est imposée par une imposture bimillénaire. La seule manière de demander pardon, dans ce cas, est de se dissoudre, comme toute organisation mensongère ». (On ne lui en demande pas tant… On ne lui demande rien du tout, d’ailleurs.) Déodat Roché lui-même avait pris position à ce sujet (dans L’Eglise romaine et les Cathares albigeois, p. 232), en rappelant que « les fleuves ne remontent pas à leur source ». « Mort de l’Eglise ou transformation complète, l’avenir du christianisme paraît bien être annoncé par la parole de Jésus, qui dit à Pierre que, lorsqu’il sera vieux, un autre le conduira là où il ne voulait pas aller. »

Jean-Marc Eychenne, ce jour-là, a poussé l’incohérence jusqu’à arborer un tau, la croix utilisée par les Franciscains : pourquoi n’en a-t-il donc pas profité pour rappeler que son église a aussi brûlé vifs de nombreux franciscains pour avoir accueilli et abrité des cathares parmi eux ? Mais en est-il seulement au courant ? (C’est à se demander ce qu’ils apprennent au séminaire…) Sinistre farce, en vérité, que cette mascarade du 16 octobre 2016 à Montségur. Car les nobles intentions et la bonne foi des uns et des autres — et la sincérité de Jean-Marc Eychenne n’est évidemment pas à mettre en doute — ne peuvent pas faire oublier qu’une vraie demande de pardon des Romains aux Cathares est tout simplement utopique : cela serait magnifique et on a bien le droit d’en rêver, mais c’est cependant impossible. C’est une posture idéaliste à laquelle le Vatican a opposé son réalisme et son cynisme intrinsèques, en prenant bien soin d’ignorer la démarche de Jean-Marc Eychenne. Là aussi le message est clair : « rien à foutre ! » Et nouvelle preuve, s’il en fallait encore, que l’église de Rome, comme disaient les cathares, est bien « l’église de Satan ». Tic, tac : ça va faire un certain bordel quand le dôme de Saint-Pierre va s’effondrer en poussière — ou se transmuter en lumière.

sticker-croix-occitane

Avec ce livre, il s’agit surtout de montrer que les clés de la spiritualité cathare sont celles de la Tradition, celles de la Gnose, la « tradition primordiale » qui s’enracine aussi bien en Egypte (Thot-Hermès) et en Perse (Zoroastre) qu’en Grèce (Pythagore, Platon)… et chez les Celtes (les Grecs ayant reconnu qu’ils devaient toute leur sagesse aux druides).

20170528_173403.jpg
Chez Costes, à Montségur.

Déodat Roché (1877-1978), véritable maître de sagesse moderne (rompu aussi bien à la meilleure philosophie occidentale qu’à l’audacieuse « science spirituelle » de Rudolf Steiner), fut l’un des très rares, au 20e siècle, à l’avoir compris et affirmé. (Raison pour laquelle ses livres ne sont pas réédités !…) Raymond Abellio (1901-1986) en fut capable aussi, avec sa prodigieuse synthèse de gnose et de « dialectique transcendantale » présentée dans La Structure absolue (Gallimard, 1965) — et leurs expressions respectives de la gnose cathare sont aujourd’hui à leur tour à notre disposition. C’est cette synthèse que j’entame avec ce titre. A l’appui d’une pure et simple vérité : c’est que l’approche gnostique du bien et du mal, la dualité lumière-ténèbre à l’oeuvre en toute chose, ouvre à une compréhension de soi et du monde dont la nécessité n’a jamais été aussi urgente qu’à notre époque. De fait aujourd’hui, les causes ayant favorisé l’insurrection cathare, non seulement existent encore mais sont exacerbées : esclavage économique et social ; injustice flagrante et systématique (droit du plus fort et loi de la jungle) ; trahison, faillite, corruption et indécence généralisées des ’’élites’’ en place (gangrenées en particulier par une pédocriminalité endémique et de caractère explicitement satanique) ; exploitation et rentabilisation systématiques de la violence et de la souffrance humaines et animales — non seulement à travers les guerres mais aussi l’industrie de la ’’santé’’ ou l’industrie agro-alimentaire, en particulier… Notre monde, en pleine Apocalypse, est plus que jamais sous l’emprise de la stupidité, du mensonge et de l’ignorance, le tout au profit d’une poignée de fous furieux démiurgiques, banksters et mafieux sataniques s’évertuant à entraîner la Terre et l’humanité à leur suite dans le nihilisme, le chaos et la mort. L’ombre du Démiurge, — ce « dieu jaloux » auquel se réfèrent les premiers mots du credo catholique (« Je crois en un seul Dieu » : difficile d’être plus clair ! ) —, enserre ce monde plus que jamais. Le constat étant posé, une solution : la connaissance de soi. Si tu veux changer ce monde, disait Gandhi, change-toi toi-même. Et pour se changer, il s’agit d’abord de se connaître. « Au cap des sept cents ans », c’est maintenant.

20170615_165249

 

4 commentaires sur « Sept cents ans plus tard, qui a peur des cathares ? »

  1. La stratégie clé du Mal est de se présenter comme Bien… cette prise de conscience va très loin! Merci de ce rappel d’un pan de l’Histoire très peu connu.

  2. Est ce que c possible qu il reste des descendants des cathares qui on visite baulou les châteaux cathares et qui n ont qu une envie se venger de la corruption actuelle dont ils ont été victime

    1. Se venger, non, mais mettre les points sur les i, oui, — et en l’occurrence, mettre en évidence l’hypocrisie et la lâcheté que l’héritage spirituel des cathares continue de susciter.

  3. Salut Alexandre, je viens de finir ton bouquin troqué chez toi, tu te rappelles de moi? Avant les éloges, une seule critique mais qui m’est personnelle, ce n’est pas un avis universel (mais ça peut exister, n’en déplaise à l’égrégore quantique!). Donc il y a à mon goût trop de citations. J’avais envie de lire Alexandre Rougé, pas Raymond Abelio. Vu le sujet, je comprends aussi que tu voulais te sentir soutenu par de nombreux auteurs: à notre époque de confusion entre personne…….alitée et évolution, celui qui comme moi écrit en son nom personnel en direct de la source avec très peu de citations passe souvent pour pas sérieux.
    Pour le reste, bravo! J’en ai plus appris sur les Cathares que tout ce que je savais d’eux jusqu’à maintenant, je ne les pensais pas gnostiques à ce point, j’avais une vision plus intermédiaire entre la gnose et une religion chrétienne originelle. (Mais peut-être y avait-il des « grades » correspondant à divers niveaux de possibilité de compréhension?)
    Pour les châteaux, j’ai pas tout compris: français ou cathares? s’ils ont bien été construits par le cathares ou des sympathisants, pourquoi est-ce une arnaque touristique de dire « châteaux Cathares »? je relirais le chapitre!
    Après, je pourrais revenir dans le pays cathare en « touriste éclairé »!
    Ton site est parfait pour les gens comme moi qui boycottent fesseubouqueue, continue-le bien!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s