Esotérisme cathare et résurgence gnostique — Premiers aperçus

Les cathares n’avaient pas besoin de lieu de culte ni de lieu de rituel construits de main d’homme. (A de rares et grandioses exceptions près, tels Montségur et Quéribus.) En bons gnostiques, ils savaient, comme l’avait dit Paul de Tarse et l’avait rappelé Guilhem Bélibaste, que « le corps de l’homme est le vrai temple de Dieu ». Le sanctuaire, c’est la nature. La nature humaine, et la nature tout court. 

Et dans la nature, il y a des grottes, des rivières et des forêts. Or, devinez quoi ? C’est là que ça se passe. La forêt de Nébias, en Corbières, près du château de Puivert, sur le plateau qui surplombe Quillan et la vallée de l’Aude, est un excellent exemple d’une forêt druidique dont l’usage rituélique et initiatique a été maintenu et transmis par nos ancêtres.

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Il y a aussi le sanctuaire de Sabartès, dans la vallée de l’Ariège, à Ussat et Ornolac. Notre-Dame de Sabart (qui est évidemment une Vierge noire), à Tarascon (la Tarasque !…), est la patronne de ce petit coin de pays cathare dont les falaises calcaires abritent un formidable réseau de grottes et de galeries, aux vertus proprement initiatiques : thérapeutiques (au sens antique) et alchimiques (au sens opératif). Ce sont de véritables matrices de mort et de renaissance à soi-même, des creusets où se calcine et se transmute l’héritage ancestral de l’individu, des fournaises minérales où l’étincelle originelle de l’être se met à consumer les miasmes noirs du subconscient pour produire une chaleur et une clarté surnaturelles dans lesquelles Lucifer et Christ viennent se fondre et s’incarner afin de s’y transcender. Ainsi retrouve-t-on les trois Œuvres alchimiques, en particulier, dans les grottes des Eglises (Œuvre au Noir), de l’Ermite (Œuvre au Blanc) et de Bethléem (Œuvre au Rouge). (J’ajoute que c’est grâce à Toni Céron que j’ai fait cette découverte en novembre dernier.)

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Il y a évidemment des conditions à réunir et à remplir pour que s’accomplisse la moindre opération de gnose alchimique : il ne suffit pas de regarder la roche en se disant « Tiens, c’est marrant, on dirait un dragon, et là un phallus, et ici une vulve », ni de poser son cul sur une pierre en se disant « Tiens, c’est marrant, ça tire dans les vertèbres et ça pulse dans le foie »… sans se demander pourquoi la roche présente des formes aussi nettes, ni pourquoi elle sollicite les organes et les méridiens d’une manière aussi précise. Nous ne sommes pas dans du « tourisme spirituel » (cela est un oxymore) mais dans un pèlerinage : on sait pourquoi on y va, on sait ce qu’il s’y passe et on s’implique dans le processus auquel ces grottes sont dédiées (et auquel elles nous convient). Sans quoi, autant rester chez soi à faire ses 20 minutes de méditation ou de yoga quotidiennes. Il paraît que selon le chamane québécois Aigle bleu, tout le monde peut atteindre de hauts états d’accomplissement ou de détachement, même en résidant en ville et en s’abstenant de tout contact avec la nature et les lieux alchimiques qu’elle recèle. Après tout, le Tao affirme aussi que l’on peut partir en voyage à travers le monde et l’univers entier sans quitter sa chambre. Sans doute. Est-ce une raison pour rester enfermé, dans sa piaule ou dans sa ville, à l’écart des lieux génésiques dont notre humanité est issue ? Est-ce une raison pour laisser en friche ces temples (sur)naturels dont la fonction est justement de nous (r)éveiller à notre nature réelle ? Je ne le crois pas. (D’autant plus que, pendant ce temps, la ’’force noire’’, de son côté, ne reste pas inactive et se préoccupe d’occuper ces lieux pour les polluer, les mettre sous cloche et en bloquer le fonctionnement énergétique, comme à Montségur où ils s’apprêtent à couler des tonnes de béton pour dénaturer encore un peu plus le site, c’est-à-dire entraver son émission d’énergie.)

J’ai un scoop, camarade lectrice, camarade lecteur. Le champ de massacre de Montségur — dit « champ des crémats », là où les catholiques ont brûlé vifs entre 200 et 250 cathares en mars 1244 — a été nettoyé, exorcisé, en août dernier. C’est un pote qui s’en est occupé (accompagné pour l’occasion d’une sirène danoise), et l’on peut voir sur cette vidéo, entre 0:53 et 0:56, la meule de foin sur laquelle il s’est posé ce soir-là pour accomplir et accompagner le dégagement… Plus récemment, le jour où je terminais le tapuscrit de mon livre, Jean-Marc Eychenne venait jouer sa comédie à Montségur en insultant la mémoire des vrais chrétiens qui se sont sacrifiés pour que ce monde ne sombre pas dans l’enfer satanique dont l’église de Rome fut et reste l’un des principaux agents. Eh oui : il y a de vrais enjeux derrière le grotesque des apparences et la pathétique mise en scène de ces ’’occitanistes’’, soi-disant dépositaires de l’esprit cathare, venus ramper aux pieds d’un évêque en s’imaginant que ça y est, victoire, Rome fait rédemption ! (Rome qui, d’ailleurs, s’est fendu d’un communiqué pour préciser qu’elle ne s’associait pas à la démarche d’Eychenne.) A ce stade-là ce n’est plus de la naïveté, c’est de la stupidité. Et si la fin peut justifier les moyens, ce ne peut être qu’à condition que les moyens n’avilissent pas la fin.

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Quand Antonin Gadal, en 1953, connecte la Gnose et l’énergie cathare des grottes de Sabartès, il renoue le fil de la Tradition. (Je parle ici en termes de « légitimité initiatique et traditionnelle » au sens où l’entendait René Guénon.) Il en transmet aussitôt la filiation aux Néerlandais de la Rose+Croix d’Or, Jan van Rijckenborgh et Catharose de Petri. Depuis, l’école Rose+Croix de Haarlem est tombée en décrépitude et a perdu sa légitimité : elle est ’’hors course’’ depuis 2012 (où il s’est passé ceci, qui tint davantage du galvaudage que de l’hommage) et la Tradition a désormais d’autres vecteurs, bien plus informels. (Nous sommes passés à cet égard en mode ’’électrons libres’’ : c’est la « prêtrise invisible » dont parlait Abellio dès 1947 dans Vers un Nouveau Prophétisme. Voir ici.) En attendant, il est utile de savoir qu’en juin 1954, à peine Gadal avait-il pénétré la gnose implémentée dans les grottes de Sabartès, que le pape Pie 12 — pas un évêque local ni un envoyé quelconque du Vatican : le taulier en personne — s’est précipité à Tarascon pour, paraît-il, « couronner solennellement » Notre-Dame de Sabart. ND de TarasconN’y a-t-il donc eu personne pour se demander ce qu’un pape venait foutre dans ce trou paumé en Ariège en allant voir la statue d’une Vierge noire locale dont personne n’avait que faire ?… Le mec est simplement venu couvrir le canal de la déesse, le canal de la Gnose, le flux à nouveau actif de l’énergie gnostique et alchimique des cathares. J’imagine la scène au Vatican : « Eh, chef, ça y est, ils ont rouvert le bordel chez les cathares ! On fait quoi ? — Devine, connard… On y va tout de suite et on colle un couvercle là-dessus. » Et vas-y que je te « couronne solennellement » la Dame de Sabart — authentique opération de magie noire —, comme on pose en catastrophe un couvercle sur une marmite en train de bouillir… Eh oui : ça commence à bouillonner sévère, dans les grottes, les rivières et les forêts de Sabartès, de Razès et des Corbières. Rennes-le-Château, Rennes-les-Bains, Bugarach, ça vous dit quelque chose ? La déesse revient et elle a les boules. La déesse revient et ce n’est pas pour enfiler des perles. Les cathares nous l’ont dit : « au cap des sept cents ans », c’est maintenant.

N-D de Sabart
Notre Dame de Sabart, c’est-à-dire Madeleine

ND de Sabart - Madeleine

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